Les Carolingiens

Deuxième dynastie royale française, les Carolingiens voient leurs ancêtres s’imposer d’abord comme maires du palais sous les Mérovingiens.

Accumulant pouvoir et influence, ils relèguent peu à peu les rois au rang de figures symboliques, allant jusqu’à déposer les derniers d’entre eux. Avec Pépin le Bref, la dynastie accède officiellement au trône.

Les Carolingiens sont à l’origine des grands bouleversements de la fin du premier millénaire, notamment avec l'émergence de l'empire de Charlemagne.

Jean-Victor Schnetz, Charlemagne entouré de ses officiers reçoit Alcuin, 1830. Musée du Louvre

Durant la lente agonie de la dynastie mérovingienne, les maires du palais détenaient l'essentiel du pouvoir dans le royaume. Ils ne leur manquaient alors que le titre de roi. Ces maires du palais, pour la plupart durant le VII et VIIIe siècle sont issus de la dynastie des Carolingiens, nous pouvons citer les ancêtres de Charlemagne : Pépin Ier dit l'Ancien, Pépin de Herstal et son fils Charles Martel. Le dernier obtient une influence si considérable, dû en partie à sa lignée et son prestige dans la victoire à la bataille de Poitiers en 732, qu'il se permet de ne pas installer de roi sur le trône durant plusieurs années, c'est l'Interrègne. Calculant qu'il était préférable d'installer un roi fantoche plutôt que de ceindre la couronne, Charles Martel instaure Childéric III dernier roi mérovingien. Charles est donc le dernier carolingien à ne pas être pas roi. 

Charles DE STEUBEN, Bataille de Poitiers, 1837. Château de Versailles

Pépin III - Le Bref

Roi des Francs (751-768)

Louis-Felix AMIEL, Pépin le Bref, 1837. Château de Versailles

Pépin et son frère Carloman succèdent à leur père, Charles Martel, comme maires du palais sous le dernier Mérovingien, Childéric III. Lorsque Carloman se retire dans un monastère, Pépin sollicite le pape Zacharie pour être reconnu roi des Francs, faisant valoir qu’il détient en réalité le pouvoir. Il est important de noter que la légitimité royale découlait du pouvoir spirituelle de l'Église à travers le sacre. Le pape accepte, et Pépin est déclaré roi mais non sacré. Il doit être oint de l'huile sainte, en référence du baptême de Clovis pour devenir pleinement roi de droit divin. Ainsi en novembre 751, Pépin est sacré roi à Soissons. Il est donc investi par Dieu d'une sainte mission, celle de guider son peuple conformément aux lois divines et de protéger le trône et l'autel. Par sa lutte contre les Lombards, il noue une alliance étroite avec la papauté, qui aboutit en 754 à la création des États pontificaux. Durant son règne, il pacifie le royaume et prépare la voie à ses deux fils : Carloman Ier et Charles Ier, futur Charlemagne.

Charles Ier - Charlemagne

Roi des Francs (768-814) & Empereur d'Occident (800-814)

Louis-Félix AMIEL, Charlemagne, 1837. Château de Versailles

Charles et son frère Carloman sont sacrés aux côtés de leur père Pépin lors de la seconde cérémonie de 754. À la mort prématurée de Carloman en 771, Charles devient seul roi des Francs. Durant tout son règne il tente de pacifier les régions frontalières et d'unir l'Europe occidentale sous le catholicisme. Il mène donc des campagnes contre les Bretons, contre l’Espagne musulmane et contre la Saxe païenne qui lui donne du fil à retordre, tant l'abnégation de ce peuple mené par le redoutable Witukind, est grande.

Ary Scheffer, Charlemagne reçoit la soumission de Widukind à Paderborn, 1835. Château de Versailles

En 774, il devient roi des Lombards en portant secours au pape. Ses conquêtes unifient la quasi-totalité des terres chrétiennes d’Europe, faisant de lui le protecteur de la chrétienté. L’idéal impérial renaît : en l’an 800, Charles est sacré empereur d’Occident à Rome par le pape Léon III. Dès lors, Charlemagne (Carolus Magnus) organise l’Empire en se reposant, entre autre, sur ses fameux missi dominici, véritable représentant du pouvoir dans l'Empire. Son règne amorce la renaissance carolingienne, marquant de profond changement dans ce haut Moyen-Âge et un retour de l’héritage antique en Occident. Son leg est considérable, par la réunion de territoire sous l'égide d'un pouvoir impérial et catholique, Charlemagne pose les bases de l'Europe. Nombreux se verront comme successeur de Charles le Grand : les rois de France, les empereurs du Saint-Empire et Napoléon lui même.

Friedrich KAULBACH, Le couronnement de Charlemagne, 1861. Maximilianeum de Munich

Louis Ier - Le Pieux

Roi des Francs & Empereur d'Occident (814-840)

Jean-Joseph DASSY, Louis Ier, 1837. Château de Versailles

Quatrième fils de Charlemagne, Louis est fait roi d’Aquitaine dès son jeune âge. À la mort de ses frères, puis de son père en 814, il devient le seul maître de l’Empire. Mais sa succession provoque de vives querelles entre ses trois premiers fils : Pépin, Louis et Lothaire. De son second mariage naît Charles, à qui il réserve une part de l’Empire, attisant les divisions. Louis est même victime d'une rébellion de ses fils à son encontre. Temporairement déposé, Louis après s'être humilié devant Dieu en public pour expier ses fautes, retrouvera la couronne qui lui était due. Le territoire est aussi menacé par les premiers raids Vikings au nord, et par les musulmans au sud. À sa mort, l’Empire sombre dans les luttes de pouvoir, sans pour autant freiner un essor artistique et économique remarquable.

Charles II - Le Chauve

Roi des Francs (843-877) & Empereur d'Occident (875-877)

Charles DE STEUBEN, Charles II le Chauve, 1837. Château de Versailles

Fils de Louis Ier et de sa seconde épouse Judith de Bavière, Charles doit s’imposer face à ses demi-frères dans la succession impériale. En 843, le traité de Verdun met fin aux conflits : Louis reçoit la Germanie, Lothaire la région centrale de Lotharingie, et Charles la Francie occidentale. Ce traité marque donc pour les siècles suivants la limite entre la France, l'Allemagne et le nord de l'Italie. La zone intermédiaire sera jusqu'au XXe siècle la zone tampon et de conflit entre les deux puissances. Dans son royaume, il affronte les raids vikings et une noblesse rebelle, menée par Robert le Fort, ancêtre des Capétiens. En 864, par l’édit de Pîtres, il fonde la Monnaie de Paris, plus ancienne institution française encore en activité. À la fin de son règne, il est couronné empereur à Rome, 75 ans après Charlemagne.

Louis III & Carloman II 

Rois des Francs (879-882) & (879-884)

Charles DE STEUBEN, Louis III & Carloman II, 1837. Château de Versailles

Louis III et Carloman II, fils de Louis II le Bègue, lui même fils de Charles II, succèdent pacifiquement à leur père et se partagent le royaume. Le reste de l’Empire est contrôlé par leurs cousins. Durant leurs courts règnes, ils luttent fermement contre les Vikings qui envahissent et pillent le royaume. Ils les battent d'ailleurs durant la formidable victoire de Saucour-en-Vimeu, le 3 août 881. Louis III meurt prématurément, laissant Carloman seul roi, lequel parvient à négocier le retrait normand avant de mourir à 17 ans. Le trône revient alors à leur jeune demi-frère, placé sous la régence de Charles III le Gros.

Jean-Joseph DASSY, Bataille de Saucourt-en-Vimeu, 1837. Château de Versailles

Charles III - Le Gros

Roi des Francs (882-887) & Empereur d'Occident (881-888)

Louis-Félix AMIEL, Charles III le Gros, 1837. Château de Versailles

Fils de Louis le Germanique et petit-fils de Louis le Pieux, Charles partage d’abord les régions orientales et méridionales de l’Empire avec son frère. Devenu roi d’Italie, puis empereur en 881, il hérite des territoires de ses frères défunts. Tantôt allié, tantôt adversaire des Normands, il finit par s’attirer l’hostilité de la noblesse. Appelé en Francie occidentale après la mort de Louis III et Carloman II, il restaure brièvement l’unité impériale. Durant le siège de Paris, il est appelé à la rescousse par le comte Eudes, mais Charles préfère négocier avec les normands et pour épargner Paris leur donne l'autorisation de piller la Bourgogne. Il s'agissait précisement de ce pourquoi Paris avait lutté ardemment. Le comte Eudes et l'évêque de Paris avait refusé le passage aux Vikings pour éviter le pillage. Ajouté à ses hésitations, les grands le dépose au profit d'un seigneur plus digne de revêtir l'autorité suprême de roi. Il s'agit du comte de Paris, Eudes, élu roi des Francs en l'an 888.

Eudes Ier - Le Robertien

Roi des Francs (888-898)

Charles de Steuben, Eudes Ier, 1837. Château de Versailles

Fils de Robert le Fort, Eudes appartient à la famille des Robertiens. Fait comte de Paris en 882, il défend héroïquement la ville lors du siège de 885-887. Forcé de demander l’aide de Charles III le Gros, il franchit les lignes ennemies pour annoncer l’arrivée de l’empereur. Après la déchéance de ce dernier et l’impossibilité de faire régner le carolingien Charles le Simple, encore enfant, les seigneurs francs élisent Eudes roi en 888. Durant son règne, il devra affronter les partisans des Carolingiens qui voit en lui un roi usurpateur car ne descendant pas de la plus prestigieuse des lignées, celle de Charlemagne. Sans descendant, avant de mourir, il reconnaît Charles III le Simple comme successeur légitime.

Jean-Victor SCHNETZ, Représentation du comte Eudes défendant Paris contre les Normands, 1837.

Charles III - Le Simple

Roi des Francs (898-922)

George ROUGET, Charles III le Simple, 1838. Château de Versailles

Fils posthume de Louis II le Bègue et demi-frère des rois Louis III et Carloman II, il est enfin en âge de régner lorsque Eudes devient roi. La cohabitation des deux rois amorcent des rivalités. Un accord est trouvé, Eudes cédera le trône à Charles à sa mort. Il trouve une solution à la question normande en confiant les terres normandes à Rollon. Ce dernier devra allégeance à Charles III , se faire baptiser, épouser sa fille et protéger le nord du royaume des autres vikings. C'est le traité de Saint-Clair-sur-Epte à l'automne 911, qui amorce la naissance du duché de Normandie. Malgré cela, son incapacité à satisfaire la haute noblesse pousse cette dernière à lui opposer Robert, frère du feu roi Eudes. Sacré roi, Robert décède à peine un an plus tard. Charles est fait prisonnier par un seigneur du Nord et décède quelques années plus tard toujours en captivité.

Raoul Ier

Roi des Francs (923-936)

François-Louis DEJUINNE, Raoul Ier, 1838. Château de Versailles

Raoul, fils de Richard le Justicier, duc de Bourgogne, et gendre de Robert Ier, est élu roi après la mort de ce dernier à la bataille de Soissons en juin 923. Il est sacré à Saint-Médard de Soissons le 13 juillet 923. Son élection s'inscrit dans la rivalité entre les Robertiens et les Carolingiens : Charles le Simple est toujours vivant, mais prisonnier d'Herbert II de Vermandois.

Son règne est d'abord marqué par la nécessité de faire reconnaître son autorité. Il doit affronter les Normands, notamment ceux de Rollon. En 924, il conclut une paix avec eux, mais les incursions se poursuivent. À partir de 930, la situation se stabilise davantage : Raoul obtient notamment l'hommage de Guillaume Longue-Épée, successeur de Rollon, tandis que les Normands sont finalement contenus. 

Raoul doit également lutter contre les grands seigneurs, en particulier Herbert II de Vermandois, qui utilise la captivité de Charles le Simple pour peser sur la politique du royaume. Raoul s'allie à Hugues le Grand et intervient militairement en 931 contre Herbert. Cette lutte montre la faiblesse de la monarchie : l'Académie des Inscriptions souligne que la faible quantité d'actes royaux conservés pour son règne témoigne de l'affaiblissement du pouvoir royal à cette époque.

À l'est, Raoul tente également de maintenir l'influence française sur la Lotharingie, mais il doit finalement s'incliner devant le roi de Germanie Henri Ier l'Oiseleur : la Lotharingie passe sous domination germanique en 925. En 935, Raoul repousse par ailleurs une invasion hongroise en Champagne et en Bourgogne.

Il meurt à Auxerre en janvier 936, sans héritier survivant. Les grands rappellent alors le fils de Charles le Simple, Louis IV d'Outremer, qui lui succède.

Louis IV - d'Outremer

Roi des Francs (936-954)

Charles DE STEUBEN, Louis IV, 1837. Château de Versailles

Fils de Charles III le Simple, Louis IV est élevé en Angleterre après la chute de son père, d’où son surnom "d’Outremer". Rappelé en 936, il devient roi avec le soutien d’Hugues le Grand, fils de Robert Ier, qu’il tente ensuite de contenir après sa nomination en tant que duc des Francs.Son règne est marqué par la lutte contre les grands vassaux et par sa tentative d'émancipation du duc des Francs. Capturé un temps par les Normands, il retrouve son trône selon le bon vouloir d'Hugues. Il meurt en 954, laissant son jeune fils Lothaire lui succéder.

Lothaire

Roi des Francs (954-986)

Raymond Quinsac MONVOISIN, Lothaire, 1838. Château de Versailles

Fils de Louis IV, Lothaire devient roi en 954 à l'âge de 13 ans sous la régence de son oncle maternel, Brunon de Cologne alors frère de l'empereur germanique et de Hugues le Grand. Une fois majeur, il tente d'affermir son autorité face aux grands du royaume, notamment les Robertiens. Il cherche également à imposer son influence en Lotharingie, ce qui l’oppose à l’empereur germanique Otton II, qu'il parvient non sans mal à repousser. Face aux ambitions royales de son frère, il associa son fils Louis au trône, tradition reprise par les Capétiens. Avec l'aide de grands ducs, il essaye de conquérir la Lotharingie mais décède subitement en 986 en laissant son jeune fils Louis V sur le trône.

Louis V - Le Fainéant

Roi des Francs (986-987)

Louis-Félix AMIEL, Louis V, 1839. Château de Versailles

Fils de Lothaire, Louis V est sacré du vivant de son père, puis devient seul roi des Francs en 986. Son règne est très court et sans éclat : il ne parvient pas à s’imposer face aux grands seigneurs, notamment le duc des Francs Hugues Capet, fils d'Hugues le Grand. Il meurt en 987 dans un accident de chasse sans héritier, marquant la fin de la dynastie carolingienne. Les auteurs postérieurs le qualifieront de "Fainéant" malgré son très court règne. Les grands élisent alors à Senlis un nouveau roi... Hugues Capet, premier des Capétiens.

Crédit iconographique

Friedrich KAULBACH, Le couronnement de Charlemagne, 1861. Maximilianeum de Munich

Jean-Victor SCHNETZ, Charlemagne, entouré de ses principaux officiers,
reçoit Alcuin qui lui présente des manuscrits, ouvrages de ses moines,
1833. Musée du Louvre

Château de Versailles

Charles DE STEUBEN, Bataille de Poitiers, 1837.

Achille Etna MICHALLON, Mort de Roland en 778, 1800-1825.

Louis-Félix AMIEL, Pépin le Bref, Charlemagne, Charles III le Gros, Louis V le Fainéant, 1837-1839.

Jean-Joseph DASSY, Caribert Ier, Louis Ier le Pieux, 1837.

Charles DE STEUBEN, Charles II le Chauve, Louis III & Carloman II, Louis IV d’Outremer, Eudes Ier, 1837-1838.

Jean-Joseph DASSY, Bataille de Saucourt-en-Vimeu, 1837.

François-Louis DEJUINNE, Clovis Ier, Raoul Ier, Charles V, 1835-1839.

Raymond Quinsac
MONVOISIN, Clotaire II, Clotaire III, Childebert IV, Chilpéric II, Lothaire
1837-1838.

Jean-Victor SCHNETZ, Représentation du comte Eudes défendant
Paris contre les Normands, 1837.

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