Les Bourbons
Les Capétiens directs se sont éteints après la mort des trois frères Louis X, Philippe V et Charles IV, tous morts sans descendance mâle. Près de deux siècles plus tard, trois autres frères, les Valois, cousins des capétiens directs, se succèdent sur le trône de France sans parvenir à fournir d'héritier. Ce sont les rois François II, Charles IX et Henri III.
Le royaume alors en proie aux guerres de Religion est cette fois frappé au coeur car le roi Henri III est assassiné par le fanatique Jacques Clément. Le seul héritier est son lointain cousin, Henri de Bourbon et de Navarre, futur Henri IV, qui bien que chef des protestants est désigné comme successeur par le défunt roi.
Ainsi, après une abjuration du protestantisme en 1593 et de nombreuses luttes intestines, Henri IV assoit sa lignée et devient le premier roi des Bourbons.
Les Bourbons tirent leurs origines du dernier fils de saint Louis, Robert de Clermont. La dynastie traversa les derniers tumultes religieux, puis les grands conflits militaires européens pendant lesquels la France sera souvent seule face à l'Europe. À sa fin, elle se verra considérablement affectée par la terreur révolutionnaire, où le roi Louis XVI finira emprisonné, "jugé" puis guillotiné. Ses deux frères, Louis XVIII et Charles X, règneront lors de la Restauration, après la chute de l'Empire napoléonien. Louis-Philippe, roi des français et dernier roi de la France, est issue d'une branche cadette des Bourbons, la quatrième maison d'Orléans, descendant du frère de Louis XIV.

Henri TESTELIN, Établissement de l'Académie des Sciences et fondation de l'observatoire, 1667. Château de Versailles
Encore aujourd'hui subsistent deux branches des Bourbons, les Bourbons d'Espagne, portés par l'aîné de la dynastie capétienne, Louis de Bourbon dit Louis XX et les Orléans portés par Jean, comte de Paris. C'est l'opposition des royalistes légitimistes et des royalistes orléanistes.

Jean-Léon GÉRÔME, Réception du Grand Condé à Versailles, 1878. Musée d’Orsay
Henri IV - Le Vert Galant
Roi de France (1589-1610) & Roi de Navarre (1572-1610)

Frans POURBUS LE JEUNE, Henri IV, avant 1622. Château de Versailles
Né à Pau en 1553, Henri de Navarre est le fils d'Antoine de Bourbon, descendant agnatique de saint Louis, et de Jeanne, reine de Navarre. Henri accède au trône de France dans un royaume déchiré par les guerres de Religion. Protestant de naissance, il se heurte à l'opposition de la Ligue catholique et choisit finalement de se convertir au catholicisme afin de favoriser l'unité du royaume. Cette décision, symbolisée par la célèbre formule « Paris vaut bien une messe », lui permet de consolider son pouvoir et de rétablir progressivement la paix. L'une des mesures majeures de son règne est la promulgation de l'édit de Nantes en 1598. Ce texte accorde des droits aux protestants et met fin à plusieurs décennies de guerre civile religieuse, ouvrant une période de coexistence plus pacifique entre catholiques et réformés.

Anonyme, Henri IV à la Bataille d’Arques le 21 septembre 1589, 1590.

Nicolas BAULLERY, L’abjuration d’Henri IV, XVIIème. Musée d’art et d’histoire de Meudon.
Henri IV entreprend également une vaste œuvre de reconstruction du royaume. Avec l'aide de son ministre Sully, il redresse les finances, encourage l'agriculture, développe le commerce et renforce l'autorité royale. Sully poussera même le roi à déposer sa candidature à l'élection impériale, avec comme objectif : "la translation de l'empire d'Autriche à la Maison de France". Comme pour certaines de ces prédécesseurs, il n'en sera rien. Son règne est aussi marqué par plusieurs grands travaux, notamment à Paris, où il contribue à moderniser la capitale. Sur le plan extérieur, il privilégie une politique pragmatique visant à restaurer la position de la France en Europe tout en évitant les conflits inutiles. La paix de Vervins, conclue avec l'Espagne en 1598, illustre cette volonté d'apaisement. Son règne s'achève tragiquement en 1610 lorsqu'il est assassiné par François Ravaillac. La Régence de son fils Louis XIII est assuré par Marie de Médicis, femme du feu roi. Henri IV laisse l'image du « Bon Roi Henri », souverain de la réconciliation, de la stabilité et de la prospérité retrouvée après les déchirements des guerres de Religion.

François GÉRARD, Entrée d’Henri IV dans Paris le 22 mars 1594, 1817. Château de Versailles

Pierre Paul RUBENS, Apothéose d’Henri IV et proclamation de la régence de Marie de Médicis, 1623-1625.
Louis XIII - Le Juste
Roi de France & de Navarre (1610-1643)

Philippe DE CHAMPAIGNE, Louis XIII en armure, 1639. Musée de Grenoble
Fils d’Henri IV et de Marie de Médicis, Louis XIII né en 1601 et monte sur le trône en 1610 à l’âge de neuf ans après l'assassinat de son père. Son règne s’ouvre dans un contexte difficile, marqué par les rivalités entre grands seigneurs et les tensions religieuses héritées des guerres du siècle précédent. Après avoir pris personnellement le pouvoir, Louis XIII entreprend de restaurer pleinement l’autorité de la Couronne. Soutenu par son fidèle ministre, le cardinal de Richelieu, il lutte contre les révoltes nobiliaires et met fin aux ambitions politiques des places fortes protestantes, notamment après le siège de La Rochelle en 1628. Ces succès permettent de renforcer durablement l’unité du royaume et l’obéissance à l’autorité royale. Sous son règne, la France affirme également sa puissance en Europe. En s’opposant à la domination des Habsbourg durant la guerre de Trente Ans, Louis XIII pose les bases de la prééminence française qui marquera le règne de son fils. Les armées du roi remportent plusieurs succès et étendent l’influence du royaume au-delà de ses frontières. L'objectif de Richelieu était simple : donner une place prépondérante à la France en Europe, à ce qu'elle remplace l'Empire en somme, ou déstabiliser le continent si le premier projet échouait.

Jean-Joseph TAILLASSON, Naissance de Louis XIII. Château de Pau
Louis XIII favorise aussi le développement de la marine, du commerce et des premières entreprises coloniales françaises. Son règne voit l’État se renforcer et l’administration royale gagner en efficacité, préparant l’essor du Grand Siècle. Profondément catholique, il consacre en 1638 le royaume de France à la Vierge Marie par le célèbre Vœu de Louis XIII, dont la célébration du 15 août demeure aujourd’hui un héritage vivant. À sa mort en 1643, Louis XIII laisse à son fils, le futur Louis XIV, un royaume pacifié, plus puissant et plus centralisé qu’il ne l’avait trouvé. Moins célèbre que son successeur, il demeure pourtant l’un des principaux artisans de la grandeur de la monarchie française.

Jean ALAUX, Poussin, arrivant de Rome, est présenté à Louis XIII par Richelieu, 1832.

Philippe de CHAMPAIGNE, Le Vœu de Louis XIII précédemment dit Notre-Dame de Pitié XVIIe. Musée des Beaux Arts de Caen
Louis XIV - Le Grand - Le Roi Soleil
Roi de France & de Navarre (1643-1715)

Hyacinthe RIGAUD, Louis XIV, 1701. Musée du Louvre
Louis XIV naquit le 5 septembre 1638 à Saint-Germain-en-Laye. Enfant du roi Louis XIII et de son épouse Anne d'Autriche, il survient miraculeusement après 20 ans de mariage stérile, d'où son nom de naissance : Louis-Dieudonné. Les premières années de la régence de sa mère sont marquées par la poursuite de la guerre de Trente Ans, qui s'achève en 1648 par les traités de Westphalie. La France y obtient notamment plusieurs territoires en Alsace. Entre 1648 et 1653, le royaume est secoué par la Fronde, une série de révoltes menées par des parlementaires puis par de grands seigneurs du royaume qui contestent l'autorité royale. Le jeune roi doit quitter Paris à plusieurs reprises. Ces événements marquent durablement son règne.
En 1658, Mazarin propose la candidature du roi à l'élection impériale. De manière analogue, il n'en sera rien. Pourtant, en 1667 l'administration royale favorise la diffusion d'un document d'un notable qui justifie la prépondérance naturelle du roi de France sut l'empire car le roi de France est successeur de Charlemagne. Ainsi, tout le règne du roi Soleil n'aura de cesse de viser cet objectif qui semble innateignable, celui de dominer pleinement l'Europe.
En 1659, le traité des Pyrénées met fin à la guerre contre l'Espagne. La France obtient notamment le Roussillon et une partie de l'Artois. L'année suivante, Louis XIV épouse l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe IV. À la mort du cardinal Mazarin, en mars 1661, Louis XIV annonce qu'il gouvernera désormais sans principal ministre.

Jean-Pierre FRANQUE, Bataille de Lens 20 août 1648, 1835. Château de Versailles
Le roi s'appuie sur plusieurs collaborateurs, notamment : Jean-Baptiste Colbert pour les finances et la marine ; Michel Le Tellier puis son fils Louvois pour les affaires militaires ; Vauban pour les fortifications et la défense du royaume. Durant cette période, l'administration royale se renforce. Les intendants voient leur rôle confirmé dans les provinces et plusieurs réformes financières et administratives sont entreprises. Colbert favorise le développement des manufactures royales, du commerce maritime et des compagnies commerciales. La marine de guerre connaît une importante expansion. Louis XIV engage également de vastes travaux architecturaux, notamment à Versailles. À partir des années 1680, le château devient le principal siège de la cour et du gouvernement, le roi souhaitant surveiller la noblesse frondeuse. Afin de défaire l'encerclement et l'hégémonie des Habsbourg en Europe, Louis XIV mène une série de conflit. La guerre de Dévolution (1667-1668) où Louis XIV revendique certains territoires des Pays-Bas espagnols au nom des droits de son épouse. La guerre s'achève par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668). La France obtient plusieurs places fortes flamandes, dont Lille. La guerre de Hollande (1672-1678) où la France attaque les Provinces-Unies. Après plusieurs campagnes militaires, les traités de Nimègue (1678-1679) confirment les gains français. La Franche-Comté est définitivement rattachée au royaume.

Charles-Philippe LARIVIÈRE, Bataille des Dunes 14 juin 1658, 1837. Château de Versailles
Pour des questions de stabilité religieuse et d'unité, en 1685, Louis XIV choisit de signer l'édit de Fontainebleau qui révoque l'édit de Nantes promulgué par Henri IV en 1598. Le protestantisme cesse alors d'être officiellement toléré dans le royaume. L'expansion française provoque la formation d'une vaste coalition européenne réunissant notamment : le Saint-Empire ; l'Angleterre ; les Provinces-Unies ; l'Espagne. Le conflit dure près de dix ans. Le traité de Ryswick (1697) met fin à la guerre. La France conserve Strasbourg mais restitue plusieurs conquêtes récentes. À la mort du roi Charles II d'Espagne, dernier Habsbourg espagnol, son testament désigne Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme héritier. Son accession au trône d'Espagne sous le nom de Philippe V déclenche une guerre européenne majeure. Les combats se déroulent en Espagne, en Italie, dans les Pays-Bas, en Allemagne ainsi qu'en Amérique. Les traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714) reconnaissent Philippe V comme roi d'Espagne. Les couronnes de France et d'Espagne demeurent toutefois séparées.

Jean ALAUX, Prise de Valenciennes par Louis XIV,
Le règne de Louis XIV voit : l'extension du territoire français ; le rattachement définitif de la Franche-Comté ; l'acquisition ou la confirmation de plusieurs places fortes frontalières ; le développement de Versailles comme centre politique du royaume ; le renforcement et la centralisation des institutions administratives ; l'expansion de la marine royale ; la poursuite de l'expansion coloniale française en Amérique du Nord, aux Antilles, en Afrique et dans l'océan Indien. Le règne correspond également à une période de forte activité culturelle marquée notamment par : Molière ; Racine ; La Fontaine ; Corneille ; Lully ; Le Brun ; Mansart, pour ne citer qu'eux. Le roi, grand amateur des arts, ne cessera de valoriser les grands artistes de son temps, se mettant alors comme mécène de ces derniers. La fin de règne est marqué par de nombreux décès : le Grand Dauphin (1711) ; le duc de Bourgogne (1712) ; le duc de Bretagne (1712). Le seul héritier direct survivant est alors son arrière-petit-fils, le futur Louis XV qui a 2 ans, sauvé de justesse de la maladie par sa gouvernante. Louis XIV rend son âme à Dieu à Versailles le 1er septembre 1715 après 72 ans de règne, le plus long de l'histoire européenne. Il sera inhumé dans la basilique de Saint-Denis auprès de ses aïeux.

Eugène DÉVERIA, Bataille de La Marsaille, 4 octobre 1693, 1837. Château de Versailles

François GÉRARD, Louis XIV présentant son petit-fils le duc d’Anjou en roi d’Espagne, 1824. Château de Versailles
Jean ALAUX, Bataille de Denain, 24 juillet 1712,1839. Château de Versailles
Louis XV - Le Bien-Aimé
Roi de France & de Navarre (1715-1774)

Louis-Michel VAN LOO, Louis XV, XVIIIème siècle. château de Versailles
Louis XV naît le 15 février 1710 à Versailles. Arrière-petit-fils de Louis XIV, il devient roi de France le 1er septembre 1715 à la mort de ce dernier, alors qu'il n'a que cinq ans. En raison de sa minorité, le royaume est gouverné par la Régence de son grand-oncle, Philippe d'Orléans jusqu'en 1723, année où Louis XV est déclaré majeur. Le 5 septembre 1725, il épouse Marie Leszczyńska, fille de l'ancien roi de Pologne Stanislas Leszczynski. Ce mariage, conclu pour assurer rapidement une descendance à la dynastie, est fécond. Le couple a dix enfants, dont huit atteignent l'âge adulte. Parmi eux figurent notamment le dauphin Louis de France, père du futur Louis XVI, ainsi que les 8 princesses dont Adélaïde, Victoire et Sophie pour ne citer qu'elles.
À partir de 1726, le gouvernement est largement dirigé par le cardinal André-Hercule de Fleury, principal ministre du royaume. Jusqu'à la mort de Fleury en 1743, la politique est marquée par une relative stabilité financière et par le maintien de la paix. Après 1743, Louis XV gouverne sans premier ministre dominant et exerce plus directement son autorité. Son règne correspond à une période de croissance démographique importante : la population du royaume passe d'environ vingt à plus de vingt-cinq millions d'habitants. L'agriculture demeure le fondement de l'économie, tandis que le commerce maritime et colonial connaît un essor significatif. La France participe activement aux échanges atlantiques et possède un vaste empire colonial en Amérique du Nord, aux Antilles, en Afrique et en Inde.

Horace VERNET, Bataille de Fontenoy, 11 mai 1745, 1838. Château de Versailles
Le règne de Louis XV coïncide également avec l'apogée du mouvement des Lumières. Des auteurs tels que Voltaire, Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau et Denis Diderot publient leurs œuvres majeures. L'Encyclopédie, parue entre 1751 et 1772, contribue, entre autres, à la diffusion de nouvelles idées et au renversement progressif des valeurs traditionnelles. Sur le plan extérieur, Louis XV engage la France dans plusieurs conflits majeurs. Lors de la guerre de Succession de Pologne (1733-1738), la France soutient son beau-père Stanislas Leszczynski. À l'issue du conflit, celui-ci reçoit la Lorraine, qui est définitivement rattachée à la France à sa mort en 1766. Durant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), les armées françaises remportent notamment la victoire de Fontenoy en 1745 sous le commandement de Maurice de Saxe. La paix est conclue par le Traité d'Aix-la-Chapelle.
En 1756 intervient le « renversement des alliances » : la France s'allie à l'Autriche, alors que ces deux puissances étaient traditionnellement rivales. Cette nouvelle orientation diplomatique conduit à la guerre de Sept Ans (1756-1763), conflit quasi mondial opposant notamment la France à la Grande-Bretagne et à la Prusse. La France y subit plusieurs défaites militaires et navales. Le traité de Paris met fin à la guerre et entraîne la perte du Canada ainsi que d'une grande partie des possessions françaises en Inde. Les riches colonies sucrières des Antilles demeurent toutefois françaises. À l'intérieur du royaume, les tensions politiques s'accentuent progressivement. Les parlements, cours souveraines chargées d'enregistrer les édits royaux, s'opposent fréquemment à la monarchie. Les conflits religieux persistent également, notamment autour du jansénisme, que la Marquise de Pompadour, maîtresse du roi, défend. En 1764, les jésuites sont expulsés du royaume. Face à l'opposition parlementaire, le chancelier René Nicolas de Maupeou entreprend en 1771 une réforme qui réduit fortement le pouvoir des parlements. Louis XV meurt à Versailles le 10 mai 1774, probablement de la variole, et non savoir été progressivement mal-aimé par ses sujets. Après près de 59 années de règne, soit le deuxième plus long de France, son petit-fils Louis-Auguste lui succède sous le nom de Louis XVI.
Louis XVI - Le Roi Martyr
Roi de France & de Navarre (1774-1791), puis roi des français (1791-1792)

Joseph SIFFREIN DUPLESSIS, Louis XVI, 1777. Château de Versailles
Louis XVI règne sur la France de 1774 à 1792. Petit-fils de Louis XV, il monte sur le trône à vingt ans et hérite d'un royaume confronté à des difficultés financières, bien qu'elles ne soient pas insurmontables en comparaison à des époques ultérieures, et à de profondes tensions institutionnelles. Homme pieux, instruit et consciencieux, il prend très au sérieux ses devoirs de roi. Loin de se désintéresser de son peuple, bien au contraire, il cherche à améliorer la situation du royaume et à préserver sa prospérité. A contrario de la plupart de ses prédécesseurs, Louis XVI considère la France comme ayant atteint un territoire suffisant, sans nul besoin de l'agrandir davantage et sans nul besoin de chercher le titre impérial. Par ce biais, Louis XVI est le successeur de saint Louis et du bon roi Henri IV. Son règne est cependant marqué par une crise qui finira par emporter la monarchie elle-même.

Gabriel-François DOYEN, Louis XVI recevant l’hommage des Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit, 1775. Château de Versailles
Peu de temps avant la mort de son grand-père Louis XV, il se marie avec l'archiduchesse d'Autriche, Marie-Antoinette. Durant le règne, le couple restera relativement soudé, et ce encore davantage lors de la période révolutionnaire.
Dès le début de son règne, Louis XVI s'entoure de ministres réformateurs, notamment Turgot, Necker, Calonne et Loménie de Brienne. Il souhaite assainir les finances, rendre l'administration plus efficace et réformer un système fiscal devenu difficilement soutenable. Certaines de ses réformes se heurtent toutefois à l'opposition des parlements, des privilégiés et d'une partie de la haute aristocratie. Louis XVI tenta pendant près de quinze ans de réformer le fonctionnement du royaume afin d'en assurer la stabilité. En parallèle de son règne continue de se développer le mouvement des Lumières qui prend désormais racine au sein des nombreuses loges de la franc-maçonnerie qui apparaissent partout en France. Cette véritable contre-pensée moderne favorisera l'émergence d'idées nouvelles et d'idéologies allant à l'encontre de la foi catholique et des valeurs traditionnelles.
Louis XVI est également un roi particulièrement intéressé par les sciences, les techniques et la marine. Il soutient le développement d'une puissante flotte, en témoigne son voyage en Normandie durant lequel il se rend à la rencontre de son peuple mais également des chantiers navals. Les grandes expéditions maritimes qu'ils organisent, notamment avec de La Pérouse, jouent un rôle déterminant dans le renforcement de la marine française. En intervenant aux côtés des insurgés américains contre la Grande-Bretagne, il permet à la France de prendre sa revanche sur son adversaire britannique et contribue à la victoire américaine dans la guerre d'Indépendance. Cette politique renforce considérablement le prestige français, mais aggrave aussi la dette du royaume.
Nicolas-André MONSIAU, Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse, 1817. Château de Versailles
À la fin des années 1780, la situation financière devient critique. Louis XVI tente alors une transformation profonde des institutions fiscales et politiques. En 1789, il convoque les États généraux, espérant trouver une solution à la crise et rétablir durablement les finances du royaume. Les événements de 1789 vont cependant rapidement dépasser ses intentions.
La Révolution, dominée par la classe bourgeoise en proie aux idées des Lumières et de la franc-maçonnerie, transforme progressivement le rapport entre le roi et la nation. Après les journées d'octobre 1789, la famille royale doit quitter Versailles pour les Tuileries. Louis XVI accepte néanmoins la Constitution de 1791 et devient roi des Français dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle. Il reste attaché à l'idée d'une monarchie capable de garantir l'ordre, les libertés et l'unité du royaume. C'est pourquoi le roi se montre attaché à l'idée de suivre les changements qu'il ne contrôle guère. Par ailleurs, il refuse à plusieurs reprises de réprimer les rébellions à l'encontre de la monarchie, de ses proches et de lui-même dans le sang, préférant opter pour une solution pacifiste.
Auguste COUDER, Ouverture des états généraux à Versailles le 5 mai 1789, 1839. Château de Versailles
La radicalisation révolutionnaire mène à une guerre européenne et à la méfiance croissante envers la monarchie. La famille royale tente alors désepérement d'échapper aux tumultes qui se font de plus en plus violent à Paris. La fuite se déroule sans encombre mais à Varennes, proche de leur objectif, le roi est reconnu et est tout de suite arrêté. La famille est alors sans cesse l'objet d'outrages croissants. Le 10 août 1792, les Tuileries sont prises et la famille royale est emprisonnée dans la prison du Temple. La monarchie est abolie quelques semaines plus tard et la République proclamée. Durant les nombreux jours de captivité la famille royale détiendra encore un semblant de liberté. Au fur et à mesure, les membres royaux sont séparés, isolés puis traités avec de moins en moins de respect.
Jugé par la Convention nationale, et non par un tribunal, Louis XVI, que les fanatiques de la révolution nomment désormais Louis Capet, est condamné à mort par vote des membres de la Convention. Son exécution a lieu le 21 janvier 1793 sur l'actuelle place de la Concorde. Dans son testament, rédigé quelques semaines auparavant, il confesse à Dieu ses fautes, affirme pardonner à ceux qui lui ont fait du mal et demande à ce que le sang versé ne retombe jamais sur la France. Donnant ses dernières instructions à son fils dont il pense qu'il règnera un jour, Louis XVI se livre à une véritable démonstration de foi, de charité et de piété. Sa mort donne naissance à la figure du « roi martyr », particulièrement importante dans la mémoire royaliste et catholique.
Thomas Falcon MARSHALL, Arrestation du roi et de sa famille à Varennes en juin 1791, 1854.
Louis XVI laisse ainsi l'image d'un roi profondément attaché à son devoir, soucieux du bien de son royaume et désireux de le réformer sans en détruire les fondements. Ses faiblesses politiques et ses hésitations furent réelles, mais elles ne doivent pas faire oublier son réel intérêt pour le bien de son peuple, pour le développement des sciences, pour son action en faveur de la puissance française et surtout son désir de préserver le royaume de France des maux qui pourraient l'accabler. Son règne, commencé sous le signe de l'espoir réformateur, s'acheva tragiquement avec la chute de la monarchie dans un pur élan de sacrifice et de don Christique.
Louis XVII - L'Enfant du Temple
Dauphin de France (1789-1795)

Alexandre KUCHARSKI, Louis-Charles de France, 1792. Château de Versailles
Fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Louis-Charles de France naît à Versailles en 1785. À la mort de son frère aîné en 1789, il devient dauphin du royaume. Son enfance est rapidement bouleversée par les événements de la Révolution française. Après la chute de la monarchie en 1792, le jeune prince est emprisonné avec sa famille dans la prison du Temple. Lorsque son père, Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, les royalistes le reconnaissent comme roi sous le nom de Louis XVII. Mais ce règne n'existe que dans les cœurs de ses partisans : le jeune souverain demeure captif des révolutionnaires. Quelques mois plus tard, les révolutionnaires décident de le séparer de sa mère. Confié au cordonnier Antoine Simon, chargé de sa « rééducation », l'enfant est soumis à des humiliations, à l'isolement et à des conditions de détention particulièrement éprouvantes. Les autorités cherchent alors à effacer en lui tout ce qui rappelle la monarchie et la foi catholique reçue de ses parents. Il doit réciter des chants révolutionnaires, apprendre à insulter ses proches dont il est séparé, à blasphémer et à mentir en accusant notamment sa mère et sa grande soeur d'inceste.

Henri DECAISNE, Le Dauphin Louis XVII dans la prison du Temple, 1851. Collection privée
Le sort du jeune roi s'aggrave encore lorsque, en 1794, il est maintenu durant plusieurs mois dans un isolement presque total. Enfermé dans une cellule insalubre, privé d'affection et de soins appropriés, il voit sa santé se détériorer rapidement. Lorsque certains responsables révolutionnaires prennent finalement conscience de son état, il est déjà trop tard. Épuisé par la maladie, la malnutrition et les mauvais traitements, Louis XVII rend son âme à Dieu le 8 juin 1795, à seulement dix ans. Sa disparition suscite rapidement de nombreuses interrogations et alimente pendant plus d'un siècle les rumeurs de survie. Malgré ces controverses, Louis XVII demeure dans la mémoire de nombreux Français comme l'une des victimes les plus tragiques de la Révolution. Enfant innocent emporté par les violences de son époque, il est un symbole des excès révolutionnaires et de la souffrance infligée à la famille royale.

Emile MASCRÉ, Capet, lève toi !, vers 1833-1834. Vizille, Musée de la Révolution française
Louis XVIII - Le Désiré
Roi de France & de Navarre (1814-1824)

François GÉRARD, Louis XVIII, 1814. Hôtel Beauharnais de Lille
Louis XVIII règne sur la France de 1814 à 1824, avec l'interruption des Cent-Jours, qui marquent le retour de l'empereur Napoléon en 1815. Frère cadet de Louis XVI, il connaît pendant la Révolution et l'Empire un long exil qui le conduit notamment à Coblence, Vérone puis en Angleterre. Après la chute de Napoléon, il retrouve le trône de ses ancêtres et entreprend de restaurer la monarchie dans une France profondément transformée par vingt-cinq années de bouleversements.

Louis-Philippe CRÉPIN, Allégorie du retour des Bourbons 24 avril 1814, 1814.
Louis XVIII comprend rapidement qu'il ne peut simplement revenir à la France de l'Ancien Régime. Le pays a changé, et le roi choisit donc de concilier la tradition monarchique avec les principales transformations issues de la Révolution et de l'Empire. Le 2 mai 1814, dans la déclaration de Saint-Ouen, il promet une constitution, puis promulgue le 4 juin la Charte constitutionnelle de 1814. Celle-ci établit une monarchie constitutionnelle avec deux chambres, tout en maintenant au roi des prérogatives importantes.
Cette décision constitue l'un des aspects essentiels de son règne. Louis XVIII ne cherche pas à effacer vingt-cinq ans d'histoire française : il conserve notamment une partie des acquis civils et administratifs de la Révolution et de l'Empire, tout en restaurant la dynastie des Bourbons. La Charte représente donc un compromis entre les acquis de la Révolution et de l'Empire et le retour de la monarchie.
Le roi doit cependant affronter une situation extrêmement difficile. La France sort de plus de vingt ans de guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Le premier traité de Paris du 30 mai 1814 permet d'éviter une occupation du territoire et ramène la France à ses frontières de 1792. Mais le retour de Napoléon bouleverse rapidement la situation. Débarqué à Golfe-Juan le 1er mars 1815, l'Empereur marche sur Paris tandis que Louis XVIII doit quitter la France et se réfugier à Gand. Après la défaite de Napoléon à Waterloo, le roi revient à Paris le 8 juillet 1815.
La seconde Restauration commence alors dans des conditions particulièrement difficiles. La France est occupée par les armées alliées et le second traité de Paris du 20 novembre 1815 lui impose des conditions beaucoup plus sévères que celles de 1814. Dans le même temps, les élections donnent une large majorité aux royalistes les plus intransigeants, formant la célèbre « Chambre introuvable ». Louis XVIII, qui souhaite éviter que la monarchie ne soit entraînée dans une politique de revanche, finit par dissoudre cette Chambre en septembre 1816.
C'est alors que se manifeste particulièrement la volonté de Louis XVIII de stabiliser et de réconcilier la France. Il fait appel à des hommes politiques modérés comme le duc de Richelieu puis Élie Decazes et cherche à maintenir l'équilibre entre les différentes sensibilités politiques. Cette politique permet progressivement au régime de se consolider. En 1818, le congrès d'Aix-la-Chapelle obtient le retrait des troupes étrangères qui occupaient encore le territoire français.

François GÉRARD, Louis XVIII dans son cabinet, 1823. Château de Maisons
Le règne connaît néanmoins un tournant après l'assassinat du duc de Berry en 1820, neveu du roi et héritier potentiel de la dynastie. Louis XVIII renonce alors à la politique libérale menée avec Decazes et se rapproche des royalistes. Malgré ce changement, il ne remet pas en cause la Charte constitutionnelle et poursuit jusqu'à sa mort l'œuvre de consolidation de la monarchie restaurée.
Louis XVIII meurt à Paris le 16 septembre 1824, après dix années de règne marquées par l'une des périodes les plus complexes de l'histoire de France. Il laisse le trône à son frère cadet, le comte d'Artois, qui devient Charles X.
Charles X
Roi de France & de Navarre (1824-1830)

François GÉRARD, Charles X, 1825. Musée du Prado de Madrid
Charles X règne sur la France de 1824 à 1830. Frère de Louis XVI et de Louis XVIII, il est le dernier roi de France de la branche aînée des Bourbons. Après avoir passé une grande partie de sa vie en exil pendant la Révolution et l'Empire, il retrouve la France en 1814 et devient roi à la mort de Louis XVIII. Profondément attaché à la monarchie, à la religion catholique et à la continuité historique de la Couronne, il souhaite renforcer l'autorité royale tout en gouvernant dans le cadre de la Charte constitutionnelle de 1814.
Dès son avènement, Charles X poursuit la politique de restauration engagée par son frère. Il entend notamment réconcilier la France avec son héritage monarchique et religieux, après les bouleversements de la Révolution. En 1825, il est sacré à Reims selon l'antique tradition des rois de France. La cérémonie, organisée le 29 mai, constitue un geste hautement symbolique : Charles X entend ainsi renouer avec la tradition capétienne et rappeler la continuité historique de la monarchie française.

François Gérard, Sacre de Charles X, 1827. Musée des Beaux-Arts de Chartres
Son règne est marqué par plusieurs mesures favorables aux anciens royalistes. En 1825 est votée la loi dite du « milliard des émigrés », destinée à indemniser les familles dont les biens avaient été confisqués et vendus pendant la Révolution. La même année, une loi particulièrement sévère est adoptée contre le sacrilège. En 1826, le gouvernement propose également de rétablir le droit d'aînesse, mais la mesure est finalement rejetée par la Chambre des pairs. Ces politiques traduisent la volonté du pouvoir royal de réparer certaines conséquences de la Révolution et de restaurer la place de la noblesse et de la religion dans la société française.
Charles X ne se désintéresse cependant pas de la modernisation du royaume. Son règne se déroule dans une France en pleine transformation économique, scientifique et industrielle. Surtout, la politique extérieure française connaît un succès majeur avec l'expédition d'Alger. En juin-juillet 1830, l'armée française débarque en Algérie et s'empare d'Alger le 5 juillet. Cette victoire militaire constitue l'un des principaux succès du règne et marque le début de la présence coloniale française en Algérie.
Sur le plan politique, Charles X rencontre toutefois une opposition croissante. Après la chute du gouvernement Villèle, il accepte en 1828 le ministère plus modéré de Martignac, qui mène plusieurs mesures d'apaisement. Mais le roi se rapproche ensuite des royalistes les plus conservateurs et nomme en 1829 le prince de Polignac à la tête du gouvernement. Le conflit avec la majorité libérale de la Chambre devient alors de plus en plus ouvert. En mars 1830, l'adresse des 221 députés affirme notamment que le gouvernement doit tenir compte de la représentation nationale. Charles X décide de dissoudre la Chambre, mais les élections de juin-juillet donnent encore davantage de sièges à l'opposition.
La crise atteint son point culminant avec les ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830. Charles X s'appuie sur l'article 14 de la Charte, qui donnait au roi le pouvoir de prendre des ordonnances nécessaires à l'exécution des lois et à la sûreté de l'État. Les mesures suspendent la liberté de la presse, dissolvent la Chambre et modifient la loi électorale. Leur légalité et leur interprétation de l'article 14 font l'objet d'un affrontement politique majeur. Elles provoquent finalement l'insurrection parisienne des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses.
Amédée BOURGEOIS, Révolution de 1830, prise de l'hôtel de ville et combat sur le pont d'Arcole, XIXème siècle.
Face à l'insurrection et à l'échec du maintien de l'ordre à Paris, Charles X se retire à Rambouillet. Le 2 août 1830, Charles abdique avec son fils Louis XIX en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, Henri, futur comte de Chambord. Cette abdication ne permet cependant pas à la branche aînée des Bourbons de conserver la Couronne : la Chambre des députés déclare ensuite le trône vacant et porte au pouvoir le duc d'Orléans, qui devient Louis-Philippe Ier, roi des Français. Charles X quitte alors définitivement la France.
Charles X s'exile d'abord en Écosse, puis à Prague et enfin en Istrie. Il meurt à Görz, le 6 novembre 1836, après plus de trente ans d'exil cumulés depuis la Révolution. Son corps repose toujours au sein du monastère franciscain Nova Gorica en Slovénie.
Louis XIX
Dauphin de France & héritier légitimiste au trône de France & de Navarre (1824-1844)

Sir Thomas LAWRENCE, Louis-Antoine, duc d'Angoulême, 1824. Royal Collection of the UK
Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, est le fils aîné du futur Charles X et le dernier dauphin de France. Né à Versailles le 6 août 1775, il grandit dans une famille profondément attachée aux principes monarchiques. La Révolution contraint cependant la famille à l’exil dès 1789. Louis-Antoine connaît alors plusieurs pays européens et reçoit notamment une formation militaire. En 1799, il épouse sa cousine Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, unissant ainsi les deux lignées. Le couple n’aura pas d’enfant.
Pendant les années d'exil, Louis-Antoine reste engagé dans la défense de la cause monarchique. En 1814, lors de la Première Restauration, il rentre en France et participe au rétablissement des Bourbons. Pendant les Cent-Jours, il reçoit de Louis XVIII le commandement des forces royalistes dans le Midi. Il tente de s'opposer au retour de Napoléon, mais son armée se désagrège et il doit finalement quitter la France. Après Waterloo, il revient en France et reprend sa place auprès de la famille royale.
Lorsque son père devient Charles X en 1824, Louis-Antoine devient officiellement dauphin de France. Il est alors l'héritier direct de la Couronne et occupe une place importante dans la monarchie restaurée. En 1823, avant même de devenir dauphin, il avait commandé l'expédition française en Espagne destinée à rétablir Ferdinand VII dans l'exercice de son pouvoir. La campagne s'achève notamment avec la prise du Trocadéro, près de Cadix.
La situation devient exceptionnelle lors de la Révolution de Juillet 1830. Après les Trois Glorieuses, Charles X comprend que la monarchie ne peut plus se maintenir à Paris. Le 2 août 1830, il abdique en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, alors âgé de neuf ans.
Mais avant cette abdication, Charles X demande à son fils Louis-Antoine d'abdiquer lui-même ses droits afin de transmettre immédiatement la Couronne à son neveu. Louis-Antoine signe finalement l'acte d'abdication après son père. Il existe ainsi une courte séquence dans laquelle, juridiquement selon la logique dynastique légitimiste, Louis-Antoine est considéré comme ayant succédé à son père sous le nom de Louis XIX avant de céder ses droits au duc de Bordeaux, appelé Henri V par les légitimistes.
La Chambre des députés refuse cependant cette succession dynastique. Le 7 août 1830, elle déclare le trône vacant et appelle au pouvoir Louis-Philippe d'Orléans, qui devient roi des Français le 9 août. La branche aînée des Bourbons perd alors le pouvoir au profit de la branche cadette d'Orléans.
Louis-Antoine part ensuite en exil avec Charles X et la famille royale. Il se retire notamment en Écosse, puis à Prague, avant de mourir à Görz en 1844, sans descendance. À la mort de Charles X en 1836, les légitimistes considèrent son neveu, le duc de Bordeaux, comme le chef de la maison de Bourbon et comme Henri V.
Henri V - Le comte de Chambord
Prétendant légitimiste au trône de France & de Navarre (1844-1883)

Le comte de Chambord Henri d'Artois, photographie d'Étienne Neurdein
Henri d’Artois, comte de Chambord (1820-1883), est le petit-fils de Charles X et le dernier représentant masculin de la branche aînée des Bourbons de France. Né le 29 septembre 1820, il est le fils du duc de Berry, assassiné quelques mois avant sa naissance, et de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles. Sa naissance est accueillie avec enthousiasme par les royalistes, qui voient en lui l'espoir de perpétuer la dynastie après la Révolution de 1830. À partir de cette date, les légitimistes le considèrent comme l'héritier de la Couronne et lui donnent le nom de règne d'Henri V, bien qu'il n'ait jamais exercé effectivement le pouvoir.
Après la chute de Charles X en 1830, Henri part en exil avec sa famille. Son grand-père ayant abdiqué en faveur de son fils, puis celui-ci ayant à son tour renoncé à ses droits, les légitimistes considèrent le jeune duc de Bordeaux comme le roi légitime de France sous le nom d'Henri V. Il n'a alors que dix ans. La monarchie de Juillet de Louis-Philippe ne reconnaît évidemment pas cette succession et installe une branche cadette des Bourbons au pouvoir.
Henri grandit principalement en exil, notamment à Prague et à Goritz. En 1844, à la mort de son oncle le duc d'Angoulême, il devient officiellement, dans la tradition légitimiste, le chef de la maison de Bourbon. Après la chute de Louis-Philippe en 1848, il devient le principal prétendant monarchiste au trône de France. Il est le dernier descendant français (des héritiers en Espagne subsistent encore aujourd'hui) de la branche aînée des Bourbons et comme l'héritier légitime de la Couronne après 1848.
Henri V ne reste cependant pas un simple prétendant sans projet politique. Il entretient une correspondance importante avec les royalistes français et défend une conception de la monarchie fondée sur la continuité dynastique, l'autorité royale, la religion catholique et les traditions historiques de la France. Il refuse notamment de considérer la monarchie comme une simple institution que l'on pourrait modifier selon les circonstances politiques.
En 1871, après la chute du Second Empire, les circonstances semblent enfin permettre une restauration. Les élections donnent à l'Assemblée nationale une majorité monarchiste, composée principalement de légitimistes et d'orléanistes. Une partie importante des députés souhaite alors restaurer la monarchie et considère Henri de Chambord comme le prétendant de la branche aînée. Le maréchal de Mac-Mahon est élu président de la République en 1873 dans l'attente d'une éventuelle restauration.
C'est dans ce contexte que survient la question devenue célèbre du drapeau blanc. Henri refuse d'accepter le drapeau tricolore comme emblème de la monarchie restaurée et souhaite reprendre le drapeau blanc traditionnel de la monarchie française. Pour lui, cette question n'est pas simplement symbolique : elle représente la continuité historique de la Couronne et le refus de considérer la monarchie comme l'héritière politique de la Révolution. Dans une lettre de 1873, il affirme notamment qu'il ne veut pas « rester tout entier » autre chose que ce qu'il est.
Cette position empêche finalement l'accord entre Henri et une grande partie des monarchistes parlementaires. Les orléanistes, notamment, sont plus disposés à accepter le drapeau tricolore et une monarchie parlementaire. L'Assemblée adopte alors la loi du Septennat du 20 novembre 1873, qui confie pour sept ans la présidence de la République au maréchal de Mac-Mahon, dans l'attente d'une éventuelle évolution de la situation.
La question monarchique reste encore ouverte pendant plusieurs années, mais l'adoption de l'amendement Wallon le 30 janvier 1875, qui fait de la République le régime constitutionnel de la France, marque une étape décisive dans l'établissement durable de la Troisième République et par conséquent le recul d'une restauration.
Henri de Chambord demeure néanmoins jusqu'à sa mort le représentant de la branche aînée des Bourbons et le prétendant légitimiste au trône de France. Il ne renonce jamais à ses principes dynastiques. Sans enfant, sa mort le 24 août 1883, à Frohsdorf en Autriche, entraîne la fin de la branche masculine directe issue de Charles X. Une grande partie des légitimistes reconnaît alors comme successeur dynastique le comte de Montizón, Jean de Bourbon, issu de la branche espagnole des Bourbons, tandis que d'autres royalistes, les orléanistes se rallient au comte de Paris, héritier de la branche d'Orléans.
Les Orléans
Louis-Philippe Ier - Le roi citoyen
Roi des Français (1830-1848)

Franz-Xaver WINTERHALTER, Louis-Philippe Ier, 1841.
Louis-Philippe Ier règne sur la France de 1830 à 1848. Issu de la branche d’Orléans de la maison de Bourbon, il est le fils de Louis-Philippe Joseph, duc d’Orléans, devenu pendant la Révolution Philippe-Égalité. Ce dernier, député à la Convention, vota en janvier 1793 la mort de son cousin Louis XVI avant d'être lui-même guillotiné quelques mois plus tard, véritable coup du sort. Louis-Philippe connaît donc dès sa jeunesse les bouleversements révolutionnaires et l'exil.
Après la chute de Charles X lors des Trois Glorieuses de juillet 1830, Louis-Philippe devient roi dans des circonstances très différentes de celles des Bourbons restaurés. Il n'est ni sacré ni couronné et ne prend pas le titre traditionnel de roi de France, mais celui de roi des Français. La Charte est révisée et Louis-Philippe prête serment le 9 août 1830. Le nouveau régime, appelé Monarchie de Juillet, entend établir une monarchie constitutionnelle et parlementaire plus étroitement liée à la représentation nationale.
Louis-Philippe cherche alors à présenter la monarchie sous une forme nouvelle. Surnommé le « roi citoyen », il abandonne une partie des formes solennelles de la monarchie traditionnelle et se montre davantage en uniforme, notamment auprès de la Garde nationale. Son objectif est de donner au régime une image de proximité avec la nation et de réunir autour de la monarchie une partie des Français qui avaient été profondément divisés depuis 1789.

Horace VERNET, Le roi Louis-Philippe entouré de ses cinq fils sortant par la grille d'honneur du château de Versailles après avoir passé une revue militaire dans les cours, 10 juin 1837, 1846. Château de Versailles
Cette volonté de réconciliation trouve son expression la plus remarquable à Versailles. Louis-Philippe décide de transformer l'ancien palais des rois en un immense musée de l'Histoire de France, consacré « à toutes les gloires de la France ». Les galeries historiques, inaugurées en 1837, rassemblent près de 6 000 œuvres et racontent l'histoire française de Clovis jusqu'à la monarchie de Juillet. Le projet vise notamment à réunir les différentes mémoires politiques du pays : monarchistes, révolutionnaires, bonapartistes et libéraux.
Son règne est également celui d'une France qui connaît une importante transformation économique et sociale. L'industrialisation progresse, les chemins de fer commencent à se développer et les grandes villes se transforment. La Monarchie de Juillet voit également s'affirmer une bourgeoisie plus influente dans la vie politique et économique.
Cependant, le régime reste très censitaire : le droit de vote demeure réservé à une minorité de Français suffisamment imposés. Cette limitation nourrit progressivement une opposition républicaine et démocratique. Le régime est également confronté aux insurrections républicaines et aux révoltes des canuts à Lyon, ainsi qu'à une opposition politique croissante.
Louis-Philippe conserve néanmoins pendant une grande partie de son règne une certaine stabilité institutionnelle. Plusieurs gouvernements se succèdent, tandis que le roi joue un rôle politique important dans leur formation. À mesure que les années passent, il devient cependant plus prudent et plus attaché au maintien de l'ordre établi. L'opposition réclame notamment l'élargissement du corps électoral, mais la réforme politique reste limitée.
En 1847-1848, la crise économique et sociale aggrave les tensions. La campagne des banquets, destinée à réclamer une réforme électorale, est interdite par le gouvernement. Cette décision contribue à provoquer les journées révolutionnaires de février 1848. Face à l'insurrection parisienne, Louis-Philippe abdique le 24 février 1848 en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans, comte de Paris. La République est finalement proclamée et la Monarchie de Juillet disparaît.
Louis-Philippe part alors en exil en Angleterre sous le nom de comte de Neuilly. Il meurt à Claremont en 1850. Il fut le dernier roi que la France eut.
Crédit iconographique
Château de Versailles
François GÉRARD, Entrée d’Henri IV dans Paris le 22 mars 1594, 1817.
Anonyme, Henri IV à la Bataille d’Arques le 21 septembre 1589, 1590.
Frans POURBUS LE JEUNE, Henri IV, av. 1622. Château de Versailles
Henri TESTELIN, Établissement de l'Académie des Sciences et fondation de l'observatoire, 1667. Château de Versailles
Frans POURBUS LE JEUNE, Henri IV, avant 1622.
Charles-Philippe LARIVIÈRE, Bataille des Dunes 14 juin 1658, 1837.
Jean ALAUX, Prise de Valenciennes par Louis XIV,
Eugène DÉVERIA, Bataille de La Marsaille, 4 octobre 1693, 1837
François GÉRARD, Louis XIV présentant son petit-fils le duc d’Anjou en roi d’Espagne, 1824.
Jean ALAUX, Bataille de Denain, 24 juillet 1712,1839
Louis-Michel VAN LOO, Louis XV, XVIII eme siècle.
Horace VERNET, Bataille de Fontenoy, 11 mai 1745, 1838
Joseph SIFFREIN DUPLESSIS, Louis XVI, 1777. château de versailles
Gabriel-François DOYEN, Louis XVI recevant l’hommage des Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit, 1775.
Nicolas-André MONSIAU, Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse, 1817.
Auguste COUDER, Ouverture des états généraux à Versailles le 5 mai 1789. 1839
Alexandre KUCHARSKI, Louis-Charles de France, 1792. Château de Versailles
Louis-Philippe CRÉPIN, Allégorie du retour des Bourbons 24 avril 1814, 1814.
Amédée BOURGEOIS, Révolution de 1830, prise de l'hôtel de ville et combat sur le pont d'Arcole, XIXème siècle.
Franz-Xaver WINTERHALTER, Louis-Philippe Ier, 1841.
Horace VERNET, Le roi Louis-Philippe entouré de ses cinq fils sortant par la grille d'honneur du château de Versailles après avoir passé une revue militaire dans les cours, 10 juin 1837, 1846
Musée du Louvre
Pierre Paul RUBENS, Apothéose d’Henri IV et proclamation de la régence de Marie de Médicis, 1623-1625.
Jean ALAUX, Poussin, arrivant de Rome, est présenté à Louis XIII par Richelieu, 1832.
Hyacinthe RIGAUD, Louis XIV, 1700.
Joseph-François HEIM, Charles X distribuant des récompenses aux artistes à la fin du salon de 1824,
1825.
Autres
Nicolas BAULLERY, L’abjuration d’Henri IV, XVIIème. Musée d’art et d’histoire de Meudon.
Philippe DE CHAMPAIGNE, Louis XIII en armure, 1639. Musée de Grenoble
Philippe de CHAMPAIGNE, Le vœu de Louis XIII, 1638. Musée des Beaux-Arts de Caen
Jean-Léon GÉRÔME, Réception du Grand Condé à Versailles, 1878. Musée d’Orsay
Thomas Falcon MARSHALL, Arrestation du roi et de sa famille à Varennes en juin 1791,1854.
Henri DECAISNE, Le Dauphin Louis XVII dans la prison du Temple, 1851. Collection privée
Emile MASCRÉ, Capet, lève toi !, vers 1833-1834. Vizille, Musée de la Révolution française
François GÉRARD, Louis XVIII, 1814. Hotêl beauharnais de Lille
François GÉRARD, Louis XVIII dans son cabinet, 1823. Château de Maisons
François GÉRARD, Charles X, 1825. Musée du Prado de Madrid
François Gérard, Sacre de Charles X, 1827. Musée des Beaux-Arts de Chartres
Sir Thomas LAWRENCE, Louis-Antoine, duc d'Angoulême, 1824. Royal Collection of the UK
Le comte de Chambord Henri d'Artois, photographie d'Étienne Neurdein





